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Yilian Cañizares, la déesse au violon

Combien de fées se sont penchées sur le berceau d’Yilian Cañizares? Passionnée, gracieuse, à l’écoute, avide de vie, persévérante et incroyablement talentueuse, la musicienne parcourt le globe avec son violon et sa voix à la rencontre de publics éblouis.


Cet automne, celle qui invoque la déesse Oshun sur scène, nous transporte avec ses compositions virtuoses et reprend sans frémir un classique d’Edith Piaf, a partagé un concert d’anthologie avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne (OCL). L’occasion parfaite pour #DansTaSalle de se faufiler parmi les spectateurs et de savourer le spectacle envoûtant de l’extraordinaire Cubaine.


Rencontre avec Yilian Cañizares.

Quelles sont tes inspirations en tant qu’artiste ?

J’ai des influences très diverses. Evidemment il y a toute la musique qui vient de chez moi, donc la musique traditionnelle et folklorique cubaine et afro-cubaine. Et la musique classique, puisque j’ai une formation classique. Toute la partie jazz, aussi. En fait, je suis très ouverte, je peux passer du classique au rap, du hip hop à l’électro. J’essaie de ne pas me censurer.


On a la chance, à Cuba, quand on est étudiant en art, d’être tous ensemble : les peintres, les danseurs, les musiciens… La moitié de la journée nous avions des cours, math, espagnol, et cætera, et l’autre moitié nous sommes séparés par spécialisations. Il y avait beaucoup de transversalité entre les arts.


J’aime beaucoup les arts visuels, aussi, surtout la peinture. Et j’adore la danse ! Par exemple le Béjart Ballet, c’est une grande inspiration. Et à Cuba on a un niveau de danse classique extraordinaire. Parmi les peintres, j’adore Tomás Sánchez, pour citer quelqu’un de chez moi. Il est vraiment quelqu’un d’extraordinaire. Basquiat, Picasso… L’ évolution de Picasso à-travers toutes ses périodes me plaît vraiment. Je trouve que pour un artiste c’est génial de pouvoir se débarrasser de son passé. Chaque fois se remettre en question, aller au-delà de ce que l’on peut déjà faire. C’est aussi mon objectif, je n’aime pas me répéter ; je préfère me prendre une claque que ne pas essayer. J’aime les risques. Alors tant que je suis honnête avec moi-même, pour moi, mon pari est gagné.


Et quelle musique as-tu écoutée aujourd’hui ?

Ce matin j’ai écouté Nina Simone, sa version de « Wild is the wind ». J’adore Nina Simone ! Mais il arrive que je n’en écoute pas du tout, certains jours, parce que lorsque passe plusieurs heures à travailler mon violon, après je ne veux pas forcément écouter de la musique.

À quel âge est-ce que tu as commencé à faire de la musique ?

J’ai commencé par la voix quand j’étais très petite, à l’âge de trois ans. Ma maman est très à l’écoute de mes désirs et elle m’emmenait voir beaucoup de spectacles. Je l’ai tellement martyrisée en voulant tout le temps monter sur scène, que pour finir elle a décidé d’aller rencontrer une dame qui faisait un travail extraordinaire avec des enfants et qui m’a fait chanter. C’est là que ça a commencé. Ensuite j’ai commencé le violon au conservatoire, à sept ans. Je dirais que la voix a un côté plus naturel, alors que le violon, j’ai dû beaucoup le travailler.

Ton site officiel dit de ta musique que tout y es « urgent », pourquoi cette urgence ?

La musique fait partie de ma vie au même titre que respirer, c’est quelque chose sans lequel je ne saurais pas vivre. Je le fais parce que j’estime que c’est le moyen par lequel j’estime que je m’exprime le mieux et je le prends aussi comme un mission. Pour moi, le but c’est de témoigner de l’expérience de la vie, parce que parfois on peut se sentir seul, on peut se sentir dépité, on peut se sentir plein de choses, alors je sens que je suis là pour partager, pour témoigner et pour donner de la chaleur dans le cœur des gens.

Tu voyages beaucoup pour ta musique, est-ce qu’une expérience t’a particulièrement marquée ?

Parfois, j’arrive à rester quelques jours sur place après le concert, pour visiter. Ça fait vraiment du bien, les gens viennent nous voir à la fin du concert et nous donnent beaucoup d’affection. Parfois on n’y arrive pas et on ne voit que la chambre d’hôtel pour quelques heures. Une fois, en Corse, j’avais une journée de libre et je me promenais au port, et un monsieur est venu vers moi avec sa fille. Il avait écouté le concert et m’avait repérée, alors il m’a invitée à manger chez lui avec sa famille et j’ai passé la journée avec eux !


Où est-ce que tu te sens chez toi ?

Je me sens chez moi ici (à Lausanne) et à la Havane. Mais je me sens chez moi un peu partout, par la force des choses. (rires) Mais j’ai mes repères à Lausanne, j’ai mes amis, je rentre dans mon appartement et je sais que je suis safe. Et à la Havane aussi, c’est l’endroit où toutes les énergies s’alignent pour moi.

Il me semble que tu invoques la déesse Oshun sur scène, est-ce tu pourrais en parler ?

Dans la culture afro-cubaine, tout le monde autour de nous est peuplé de divinités. Ce sont des dieux et des déesses qui nous protègent. Ils ressentent des choses très similaires à nous, donc la joie, la tristesse, l’amour, la colère... On les invoque, on vit avec eux au quotidien. Et moi particulièrement, je rentre en communion avec la déesse Oshun à travers la musique. Elle symbolise l’amour, la sensualité, l’eau, la fertilité. C’est vrai qu’ici ça peut sembler étonnant. Mais c’est toute une spiritualité qui est basée sur la nature et sur l’amour, sur le fait que chaque décision qu’on prend entraîne sa conséquence. Ça fait partie de ma culture, ça fait partie de mon héritage. Des choses qui me soutiennent.

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