PAR TAGS : 

POST RÉCENTS : 

Celle qui murmura à l’oreille du public

Raconteuse de 22 ans découverte par le grand public grâce à son passage dans l’émission « The Voice » (France) 2014, Leïla Huissoud émerveille grâce à ses chansons aux textes ciselés qui touchent et interrogent avec justesse... #DansTaSalle a eu le privilège de rencontrer la jeune auteur-compositrice-interprète avant son concert intime sans micro au festival genevois du « Débranché ».


Propos recueillis par Céliane D.L.


Est-ce que tu connais un peu, beaucoup la Suisse ?

En fait, ça fait sept mois que je fais des allers-retours entre la France et la Suisse puisque je suis tombée amoureuse d’un garçon qui habite en Suisse, à Dardagny (sourire). Donc je commence à connaître un petit peu… Avant, j’avais des gros aprioris. Et du coup je découvre et ça me plaît. Surtout les gens, en fait, que j’aime beaucoup. Et puis tout ce qui se passe à Genève, parce qu’il y a quand-même beaucoup de choses culturellement parlant !


Tu as commencé par jouer dans la rue, puis dans des bars ; qu’est-ce qui change quand on joue dans une salle où les gens viennent pour toi ?

C’est différent, je ne fais pas la même chose : maintenant je peux me permettre des choses chuchotées, bon pas ce soir parce que c’est sans micro, mais je peux me permettre plus de choses. Avant, il fallait attirer l’attention. Donc c’est plutôt plus agréable, mais après je suis contente d’avoir commencé dans la rue. Et puis il y a le côté par contre où c’est plus stressant parce que les gens, comme ils sont très à l’écoute, ils entendent aussi quand tu te foires, alors que dans la rue, si tu te foires, tout le monde s’en fiche. Donc au niveau stress, ça se vaut.


Tu te réjouis de chanter ce soir ?

Oui. J’ai un petit coup de pression à cause du fait de connaître beaucoup de gens, d’avoir beaucoup d’amis, tout neufs en plus, qui ne m’ont jamais vue et qui vont me voir… Et du coup ça me met un petit peu la pression, parce que même si je sais que de toute manière ça ira, j’aimerais bien qu’ils trouvent ça chouette.


Tu te sens plutôt auteure ou chanteuse ?

Clairement plus auteure. Mon but professionnel final ce serait d’ailleurs d’écrire pour les autres, de ne plus chanter. Pas parce que je n’aime pas chanter mais parce que je n’aime pas tout ce qui va avec, donc faire la route, ne pas beaucoup dormir... Je préférerais écrire ça chez moi et filer ça à quelqu’un d’autre pour qu’il se débrouille avec. Et puis je ne pense pas avoir des qualités vocales ou d’interprète plus amples que ça.


Tu chantes bien, mais si tu écrivais et composais pour quelqu’un d’autre, qui aimerais-tu que ça soit ?

Il y a quelques copains déjà, plus des voix de garçons parce que pouvoir imaginer un texte que j’ai écrit avec une voix de garçon ça permet pas mal de choses. Et donc les voix qui sont très éloignées de la mienne, c’est-à-dire graves, très très rondes, j’aime beaucoup ça, parce que je me dis que ça m’ouvre tout un nouveau pan d’écriture. Ce sont plutôt des amis dont les voix me plaisent, mais je n’ai pas de grands noms à citer.


Ton album « L’ombre » a été enregistré en live. Pourquoi ?

Parce que, justement, je viens de la rue, des bars et cætera, et je n’avais jamais fait de studio. C’est une autre manière d’aborder la musique et de la jouer, c’est quelque chose qu’il faut apprendre et moi je n’avais pas appris. Comme je raconte des histoires, raconter ça dans le vide ou dans une boîte, sans personne devant, ça me semblait impossible.


Tu aimerais enregistrer ton prochain album dans les mêmes conditions ?

Ça m’a beaucoup plu et j’aimerais assez pouvoir le refaire. Le problème c’est que : ce n’est pas vraiment une très bonne idée parce qu’aujourd’hui au niveau distribution, au niveau radio et cætera, c’est très dur. Donc là on a attaqué le travail sur le deuxième et ce sera un album studio parce que justement il va falloir pouvoir faire des choses qui sont passables en radio. À un moment il faut accepter aussi de faire des compromis. Et même si ce n’est pas simple, c’est important aussi de se confronter à l’exercice !


Tu chantes des chansons à texte, en français, et ça étonne parfois les gens qu’une jeune de 22 ans fasse ce type de musique. Comment vois-tu le rapport des jeunes à la chanson française ?

Alors sincèrement le public qui vient me voir, la plupart du temps ce n’est pas, effectivement, des gens qui sont dans ma tranche d’âge. Il y a encore deux ou trois enfants, grâce à « The Voice », mais sinon ce sont souvent des gens qui n’ont pas vu « The Voice », qui sont plus âgés et qui sont là parce que : « Ah, enfin des jeunes qui reprennent le flambeau de la « Grande chanson » ! ». Moi ça me fait hyper plaisir de porter ça ! Et en même temps, j’aimerais qu’on soit un peu plus nombreux, et en même temps il en faut pour tous les styles, parce que tous méritent d’exister. Moi ça me fait rire parce que ça me dépasse, je n’ai pas vraiment choisi, j’ai baigné dans la chanson française depuis toujours, c’est ce que j’aime écouter, et ça sort comme ça, mais je n’ai pas fait exprès d’être « surannée ». On dit ça pour ne pas dire « vieillot », hein. (rires)


Parmi tes chansons, est-ce qu’il y en a une qui te tient particulièrement à cœur ?

C’est souvent la dernière que j’ai écrite que je préfère. Parce qu’après à force de les chanter, on s’habitue, on n’est plus forcément ému. Il y en a une que j’aime beaucoup, mais qui n’est pas mise en avant parce que j’ai conscience que ce n’est pas forcément une « grande chanson » : elle s’appelle « Ma quotidienne ». C’est une chanson d’amour que j’ai écrite pour moi, en fait : j’avais imaginé ce que mon copain pourrait me dire s’il m’écrivait une chanson. Parce que beaucoup de gens, dont moi voient surtout leurs défauts, enfin ça va… mais ça fait du bien de pouvoir se regarder une fois avec bienveillance.


À tes débuts, tu semblais un peu timide sur scène, est-ce que tu l’es toujours ?

Au début, j’étais extrêmement mal à l’aise parce qu’à la fois j’avais très envie de montrer mes chansons et à la fois ces chansons venaient de moi, elles étaient très personnelles donc ça avait quelque chose d’impudique. Mais avec le temps, j’ai remarqué que les gens me voyaient un peu comme un personnage quand j’étais sur scène, donc j’ai commencé à créer ce personnage : un peu gêné, justement, qui regarde ses pieds. Petit à petit, j’ai osé livrer parfois des choses qui étaient éloignées de moi, comme dans « Rose la belle » qui parle d’un transsexuel. Donc je suis plus à l’aise parce que ce n’est plus toujours moi, c’est aussi un personnage.


Ecoutez : https://www.youtube.com/watch?v=RdCy9D6oXmY

Mots-clés :

© 2019 #danstasalle