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Plonger dans un lagon avec Radio Elvis

Le groupe Radio Elvis a électrisé Paléo grâce à son style faussement hétéroclite et ses textes ciselés.


Il était 18 heures 15 sous le Chapiteau du Détour, la soirée ne faisait que commencer et c’est le groupe de rock français "Radio Elvis" qui ouvrait le bal.


Peut-être d’abord surpris par la tenue de scène du chanteur et guitariste Pierre Guénard - lunettes à la Harry Potter, survêt' de sport, baskets immaculées et pantalon de dandy - le public a vite pu constater que cette étrangeté choisie s'étendait bien au-delà du style vestimentaire. Mêlant chansons aux textes dentelés et impros de guitare déchaînées, les trois musiciens, ont charmé le public avec leurs soubresauts émotionnels bien dosés.


Leurs chansons, que Paléo entendait pour la première fois, parlent de l'absence et de l’errance, de solarium, de pyramides, et de l’effondrement. Grave, le chanteur les adresse à "ceux qui nous ont quittés et ceux qui nous ont rejoints" et, dans la foule qui se densifie à mesure que la folie gagne la scène, quelques fans chantent les paroles qu'ils connaissent par cœur. Pour les autres, il faut parfois se concentrer afin d’entendre et de savourer les paroles, acoustique de festival oblige.


C’est bizarre comme, entre les morceaux, cette brume mystérieuse et sophistiquée se dissipe, lorsque Pierre Guénard lance à la foule un regard de joie presque enfantine. Il semble alors découvrir comme par surprise que oh, tiens, il est sur scène, ici et maintenant !


On se souviendra surtout de la pure réussite de leur reprise de l'impertinente et sensuelle "Osez Joséphine", chanson à propos de laquelle son auteur et interprète Alain Baschung déclara un jour* : "Osez les nuances, la patience, la difficulté. Il faut prospecter vers d'autres horizons, réinventer des mélanges, se mettre en danger". Pourrait-on trouver plus adapté pour définir le groupe qui réussit à chanter le mot " synesthésie" ?


Au cœur de l’été, le concert de Radio Elvis fut une échappée sombre et fraîche comme un lagon dans lequel nous n’attendons qu’une chose : nous baigner à nouveau.


* L'Express, 1998


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