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Will ou Huit années perdues du jeune William Shakespeare

Par la Will & Compagnie, « Cathédrale » d’Entre-bois, Lausanne

Un spectacle immersif et intense, sur les traces présumées, voire fantasmées d’un homme illustre.

De la vie de William Shakespeare, on sait finalement peu de choses. Une lacune que cette création inédite tente d’extrapoler. En effet, l’équipe de la Will & Compagnie s’attèle à retranscrire, d’une façon plutôt décalée, ces huit années du parcours du dramaturge, dont on ne sait quasiment rien. Durant cette période, on lui attribue de nombreux faits, souvent farfelus, mais on retient surtout que c’est là que cet admirateur d’Ovide aurait posé les jalons de ses plus grands textes.

La création prend corps dans la « cathédrale » d’Entre-bois, à Lausanne, un gigantesque espace en béton, autrefois utilisé comme dépôt et aujourd’hui abandonné. Le lieu, qui impose par son côté solennel, a été spécialement décoré pour l’occasion par l’artiste « l’Original ». Un décor épuré et quelques éléments de bois malmenés, viennent compléter cette scène hors du commun.

La représentation se veut performative et joue le jeu des ellipses, en abordant différentes étapes supposées de la vie du grand Will. Le public est ainsi régulièrement interpellé et pris à parti dans une narration fractionnée et au rythme soutenu. À l’aide d’un jeu souple, dynamique et fascinant, Arnaud Huguenin incarne parfaitement la démesure et la fougue d’un William Shakespeare en pleine révélation mystique, mais aussi en proie à de profonds doutes existentiels. David Salazar et Victoria Baumgartner se relaient pour lui donner la réplique, avec plus ou moins d’intensité, endossant différents rôles, mais faisant aussi preuve parfois d’une certaine gaucherie. Malgré tout, le dispositif fonctionne et se révèle très agréable, grâce entre-autre à une écriture autant engagée qu’affectueuse, remplie de références à l’œuvre faste de Shakespeare.

Léa Fanchon apporte la touche musicale avec sa voix magnifique qui intensifie la charge solennelle de certains passages dramatiques. Partie prenante de cette univers, elle produits aussi divers artifices sonores plutôt réussi qui, associés au jeu des lumières de ce lieu atypique, consacre l’immersion du spectateur.

À condition de s’y abandonner complètement, Will ou huit années perdues du jeune William Shakespeare se révèle être une expérience magnifique et ludique. A découvrir, indeed !

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