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L’Opéra de Quat’sous

L'Opéra de Quat'sous de Bertold Brecht et Kurt Weill. Mise en scène Joan Mompart, au Théâtre du Jorat.

L’autre jour, on donnait l’Opéra de Quat’sous au Théâtre du Jorat. L’occasion inespérée de (re)découvrir une œuvre visionnaire et marquante du début du XXème siècle, mainte fois adaptée et une source d’inspiration inépuisable pour l’univers théâtral.

Arrivé sur place, une scénographie somptueuse se dévoile, grâce à un décor principalement composé d’une plateforme tournante, au-dessus de laquelle se niche l’orchestre. Et quel orchestre ! Ce dernier rend hommage à la partition de Kurt Weill avec une interprétation de haut vol, sans aucun écart, si bien qu’on regrette presque de ne pas avoir présentation de son ensemble.


De l’inévitable « distanciation » au déroulement narratif diablement soutenu, le spectateur est, dès le début, littéralement aspiré dans les bas-fonds du Soho de l’époque. La mise en scène de Joan Mompart se veut captivante et tente de rendre hommage à l’œuvre délirante de Brecht tout en y apportant un œil nouveau et personnel. Le volet théâtral est présenté par une troupe hétéroclite où certains comédiens s’amusent comme des petits fous.

Cependant, l’exercice a ses limites. À force de vouloir trop en faire, le jeu tire sur la corde et sa lourdeur finit par fatiguer. On flirte même avec le vaudeville, invoquant sur-jeu et portes qui claquent. Mais surtout, c’est un cruel manque de cohésion entre les comédiens qui est ressenti, ainsi qu’une importante disparité de qualité de jeu d’un rôle à l’autre. L’équipe semble souffrir du remplacement de certains rôles, ces derniers éprouvants maintes difficultés à trouver leur place dans cette production atypique et exigeante. Tant leur jeu que leur interprétation vocale ne réussissent pas à éblouir le spectateur et petit-à-petit, l’ennui s’installe.

Au final, la magie ne prend pas. C’est un peu comme si l’unité de la troupe, colonne vertébrale essentielle, manquait. Cette mise à nu, ce réalisme exacerbé, que Brecht voulait tant démontrer, n’existe qu’à moitié dans un tel contexte. C’est dommage.

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