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Stratège caméléon sur un jeu de plateau

La Méthode Grönholm de Jordi Galcerán, avec Amélie Chérubin-Soulières, Diego Todeschini, Frédéric Landenberg et Michel Lavoie, mise en scène Julien Schmutz

Cap ou pas Cap ?

La méthode sera peu conventionnelle. Le seul moyen d’obtenir l’objet de vos désirs sera de vous livrer comme un pion sur le plateau d’un jeu malsain. Il n’y aura qu’une seule règle pour gagner : abattre la moralité et construire une stratégie caméléon à chaque nouvelle étape. Jusqu’où iriez-vous pour décrocher le travail que vous convoitez, face à des personnes qui seraient toutes aussi qualifiées que vous ? Quelles seraient vos limites et seriez-vous prêt à les repousser pour acquérir ce que vous désirez ?


La méthode

« La méthode Grönholm » est un texte de théâtre du dramaturge espagnol Jordi Galceràn. Véritable huit clos comique et drame psychologique teinté de nuances d’humour noir, la pièce mise en scène par Julien Schmutz, co-directeur de la Compagnie « Le Magnifique Théâtre », prend pour témoin le spectateur, véritable observateur, si ce n’est dire scientifique, de l’histoire qui défile sous ses yeux. Le public est invité à relever les faces obscures et les bassesses de l’être humain, dans l’unique course à l’obtention d’un statut social que les protagonistes ne possèdent déjà.


Gourmandise, colère, envie, orgueil, avarice, à la fois marquée par le sceau de ces cinq péchés capitaux et par la violence du choix des actes, la pièce rappelle fait écho à la méthode du psychologue Stanley Milgram ou encore des films tel que « Saw ». Elle questionne non seulement les spectateurs sur le rapport de l’homme à l’autorité, sur sa nature possessive, mais aussi sur son aptitude à l’application de ses valeurs et de ses principes moraux : les personnages sont-ils vraiment ceux qu’ils prétendent être ou perdront-t-ils le contrôle de leur nature par soumission et convoitise ? « La méthode Grönholm » bouscule et pousse à regarder d’un air interrogateur les codes établis des programmes de recrutement, au sein du monde du travail. Ce texte est fort, car cela pourrait être vous, monsieur/madame Tout le monde, dans cette salle d’attente d’une entreprise, à devoir faire face à trois autres candidats, dans un jeu sordide, sous peine de ne décrocher le poste. Vous ne pouvez voir cette pièce sans vous poser la question « Je ferai quoi, si j’étais eux ?». Diriez-vous comme Machiavel, que « la fin justifie les moyens » ?


Un jeu engagé

Les quatre comédiens livrent un jeu de qualité qui retient l’attention du spectateur du début, jusqu’à la fin de la pièce, délivrant au public un divertissement dramatique fin et noir, comme on aimerait en croiser plus souvent dans les salles obscures de l’art vivant. La justesse de l’interprétation des personnages soulève quelques émotions qui astreindraient le public à se lever, monter sur scène et donner son point de vue. Malheureusement, le temps de se rappeler son propre rôle d’observateur et la pièce est déjà finie. Julien Schmutz semble déborder d’idées pour les pièces à huit clos : la mise en scène de cette œuvre n’est pas sans rappeler celle d’il y a trois ans et qu’il a régie au sein de la Compagnie : Douze hommes en colère. On salue également le concept de poser des parois, tels des miroirs sans tain, ainsi que le choix d’une sonnerie d’une marque de téléphone réputée, pour remarquer quelques personnes dans le public vérifier leurs portables au début du spectacle. La manipulation a commencé dès que les lumières du théâtre se sont éteintes.


Prochaines représentations:

Théâtre du Crochetan (VS) : 4-7 avril 2017.

Théâtre de l’Arbanel (FR) : 8 avril 2017.

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