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Le vertige d'attendre

Et jamais nous ne serons séparés, de Jon Fosse. Mise en scène Andrea Novicov, par la Cie Angledange avec Nathalie Boulin, Lara Khattabi, Roberto Molo, au Théâtre de la Grange de Dorigny.


Une femme, seule dans son appartement, attend le retour de son homme. Reviendra-t-il ou est-il parti pour toujours ? Peut-être qu’une autre femme, plus jeune, le retient. Tension, doutes, contradictions: dans l’attente, les émotions s’enroulent, se distordent et se répètent sans jamais parvenir à une finalité.


Dans cette pièce de Jon Fosse, trois personnages prennent la parole. ELLE, qui attend le retour de son amoureux, LUI, qui tergiverse entre deux amours, et LA FILLE, qui s’attache et se détache. Dans ce qui semble être un triangle amoureux, et entre les répétitions verbales, des situations troubles se dessinent et atteignent le spectateur de diverses manières, mais le sens n’est jamais univoque.


Ces interactions sont-elles réelles ou imaginées ? Y a-t-il dialogue ou est-ce un soliloque de la femme esseulée, depuis le départ ? On n’est sûr de rien, car rien n’est vraiment stable et tangible. Hormis les objets et le mobilier, qui soulignent à la fois cette solitude pesante qui entoure le personnage dans l’attente, et représentent les vestiges d’une vie de couple qui ternit, voire n’existe plus.


Des vestiges qui donnent le vertige. Car dans sa spirale de questions, le personnage d’ELLE, que la comédienne Nathalie Boulin a su apprivoiser, s’appuie émotionnellement sur ces objets pour trouver une forme de réconfort, jusqu’à la déraison : on la verra par exemple caresser un coussin en s’adressant à lui comme s’il était sa moitié, ou masser le dossier du canapé avec tendresse. Elle passera également beaucoup de temps, en mettant la table, à s’extasier sur ses beaux verres anciens. Elle n’est pas toute seule, puisqu’elle est avec ses objets, répétera-t-elle avec conviction. Jusqu’au prochain doute.


Pour mettre d’autant plus en évidence l’effet oppressant du questionnement répété et la longueur de l’attente, le metteur en scène Andrea Novicov opte pour un espace de jeu confiné, installé sur l’avant-scène, et crée ainsi un parcours horizontal parsemé d’objets et de mobilier ─ téléphone, table, canapé et lampe ─ de cour à jardin. Une musique lancinante ainsi qu’un jeu de lumière discontinu viennent renforcer cette idée.


Tantôt drôle, tantôt dérangeante, mais surtout touchante, cette proposition de la Cie Angledange ne laisse pas indifférent et renvoie le spectateur à ses propres tribulations.


Défiez vos attentes en allant voir ce spectacle : à la Grange de Dorigny jusqu’au 21 janvier, ou au Théâtre Pitoëff du 24 au 29 janvier et du 7 au 12 février.

(c) Fabrice Ducrest

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