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Désolé William...!

Roméo et Juliette, enfin à peu près…, d’après William Shakespeare, au Théâtre Boulimie. Adaptation et mise en scène de Kaya Güner et Frédéric Gérard, avec Laurence Morisot, Damien Naïmi, Jean-Luc Borgeat, Frédéric Gérard et Kaya Güner.


Le joyeux duo de Boulimie interprète très librement la tragédie shakespearienne. Tout à fait conscients de la posture burlesque qu’ils adoptent, les résidents s’excusent platement auprès de William pour le sort qu’ils font subir à son texte. Pour notre plus grand plaisir!


Une place de Vérone, toute de pierre rouge, au milieu de laquelle un jeune homme entreprend, armé d’une brosse, de nettoyer le sol. Jusqu’ici rien de bien anormal pour une production contemporaine d’un texte de celui qui disparut voilà 400 ans. Mais voilà que s’amènent sur scène les compères dicodeurs et directeurs des lieux qui nous mettent immédiatement au parfum de la direction que prendra la tragédie. Désignant Damien Naïmi (Roméo) sur scène, ils rappellent son diplôme tout frais et indiquent qu’il s’agit d’un rôle… récurant!


On est fixé, le texte du grand Will ne sera visiblement qu’un bon prétexte pour s’amuser. On assiste donc à des scènes cocasses où comédiens et leurs rôles se confondent, Jean-Luc Borgeat insistant par exemple en vain pour jouer Roméo, arguant d’une jeunesse encore fringante.

Le public rit aux jeux de mots bien sentis ou à l’humour potache d’un quintette qui semble prendre son pied sur scène. Les comédiens se délectent de personnages ultra-caricaturaux. Juliette un peu gourde, voire nunuche, Roméo sorte de Don Juan amouraché courageux-mais-pas-trop, Benvolio grand blond trainant son spleen ou encore Capulet manipulateur raté et son inséparable Pâris qu’il tient à bout de bras (Pâris est une marionnette…) Kaya Güner et Frédéric Gérard en amuseurs qu’ils sont, se plaisent à incarner les nombreux rôles secondaires (les moines Jean et Laurent!) et à user d’artifices de mise en scène grossiers, mais aux effets comiques imparables.


Cet humour pourrait s’avérer pesant sur la longueur, cependant les auteurs intercalent régulièrement le texte initial à leurs joutes comiques et restent fidèles (enfin à peu près!) à la trame. De la sorte, on ressent en filigrane la puissance de la tragédie originale, en particulier lors de l’entame du tableau final où Juliette, couchée, feignant la mort, est amenée sur scène. Davantage que la frivolité apparente de l’approche, c’est peut-être cette force de l’histoire d’origine qui perdure à la fin du spectacle. Car si cela paraît léger, on n’en est pas réduit au superficiel, les auteurs se questionnant en toile de fond sur le métier du comédien, sur les clichés véhiculés par le théâtre ou encore sur le rôle du public dans une pièce très (trop?) souvent jouée.

(c) Yvan Muriset

Une belle réussite pour s’aérer l’esprit qui se prolonge sur la scène de Boulimie jusqu’au 31 décembre.

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