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Danse Zorba!

Zorba le Grec, de Nikos Kazantzakis. Mise en scène de Jean Chollet, avec Fabian Ferrari, Séverin Bussy, Josiane Rossel, Stéphanie Dussine et Christophe Gorlier.


Dans une mise en scène manquant quelque peu de relief, les comédiens sont la pierre angulaire de cette adaptation de l’œuvre de Kazantzakis.


Le théâtre n’est-il pas le lieu des sentiments exaltés, ce miroir de l’existence qui devrait embarquer le spectateur afin de l’accompagner pas à pas vers la catharsis? Le théâtre soutiendrait l’âme selon Chaplin. Pour ce faire, des fondations solides paraissent indispensables…


Or la proposition de Jean Chollet semble manquer de corps. Cette sensation de ténuité doit probablement quelque chose à ce décor un peu trop convenu – avec cette bâche blanche posée sur le sol et qui donne une impression d’inachevé. Peut-être faut-il aussi chercher l’explication du côté des éclairages d’une platitude morne. Ou serait-ce simplement une mise en scène manquant de piment, oubliant quelque peu d’aller chercher dans cette douce folie qui anime le personnage de Zorba? Dans tous les cas, on peine à se laisser emporter dans cette histoire qui s’est si fortement inscrite dans le patrimoine grec.

Pourtant les comédiens ne déméritent pas, au contraire! Séverin Bussy incarne par exemple à merveille le jeune Nikos, écrivain idéaliste un peu coincé. Face à lui, Fabian Ferrari s’empare avec justesse du fantasque Alexis Zorba, bourlingueur au passé tumultueux, mais amoureux admiratif de la vie et de toutes les occasions de liberté qu’elle propose. Le reste de la distribution réduite à 5 personnages est assuré par Josiane Rossel (Madame Hortense), Stéphanie Dussine (la veuve) et Christophe Gorlier (Manolakis) qui, tous trois, mettent en exergue la complicité complexe entre les deux protagonistes.


Le texte recèle des perles, en particulier dans la bouche de Zorba qui possède une vision toute personnelle de l’existence, où la liberté est érigée en condition sine qua non à toute forme de vie et où les instincts primaires sont à suivre avant tout. La vision de l’auteur est cependant par moments déroutante, comme lorsque la mort est balayée d’un revers de main. Les ellipses continuelles s’avèrent également difficiles à suivre.


La « patte » de Jean Chollet sur la mise en scène rend de plus le chemin vers la scène finale parfois légèrement laborieux. C’est d’autant plus regrettable que cette dernière est une vraie réussite. En allant voir Zorba, impossible de ne pas attendre le désormais fameux sirtaki composé par Mikis Theodorakis dans le film de Cacoyannis. Le metteur en scène nous fait là habilement patienter jusqu’aux dernières secondes pour voir Zorba et Nikos entamer avec brio et émotion la célèbre chorégraphie qui résume mieux que mille mots l’histoire vécue par les deux personnages…


Se serait-on finalement tout de même un peu laissé emporter?

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