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Puisse le cygne chanter encore longtemps

Le chant du cygne, de Anton Tchekhov. Mise en scène de Robert Bouvier, avec Roger Jendly et Adrien Gygax.

En pariant sur une subtile mise en abyme du comédien dans son personnage (ou inversement), Robert Bouvier revisite Tchekhov avec justesse, humour et sensibilité.


Sur la petite scène du Passage, deux comédiens qu’a priori un monde sépare. D’un côté Roger Jendly, comédien fribourgeois émérite de près de 80 ans (septante-huit, s’il vous plaît, soyons précis !) et de l’autre Adrien Gygax, chaudefonnier né en 1985 ayant toute sa prometteuse carrière devant lui.


Sur la scène du théâtre obscur de second ordre dépeint dans le « plus petit drame du monde », deux personnages au premier abord diamétralement opposés. Vassili Vassiliévitch Svetlovidov, acteur-comique en fin de parcours et Nikita Ivanytch, modeste souffleur forcé par les circonstances de la vie de dormir dans les loges.


Robert Bouvier a tôt fait de mettre en parallèle les deux situations et de balloter le spectateur entre ces deux réalités où se rencontrent Vassili Jendly, Adrien Ivanytch leurs alter ego. Ces personnages que tout semble éloigner se retrouvent sans arrêt au rythme des divagations et des pertes de mémoire feintes à la perfection par un Roger Jendly-Svetlovidov plus vrai que nature. Adrien-Nikita n’a de cesse alors de l’encourager et de le rassurer, lui proposant entre autres la technique désopilante de la « pictomnémonie » consistant à associer une image mentale – projetée, naturellement, en direct sur un écran – à chaque mot d’un texte que le comédien doit connaître.


S’en suit alors un échange à la fois drôle et touchant entre ces deux êtres dont la complicité ne cesse d’augmenter au fil de la pièce. Jendly, revenant sur sa carrière à l’instar de son personnage, passe allégrement de Tchekhov à Corneille en passant par Hugo, Shakespeare, Brecht ou… Robert Lamoureux ! Adrien Gygax, tantôt admiratif de son aîné, tantôt agacé par le même, nous enchante avec son univers mêlant jeu corporel burlesque, comédie musicale et interprétation sincère.


Servie par une équipe technique jouant son rôle avec exactitude, cette réflexion sur le travail du comédien – se référant par exemple ouvertement à Podalydès – et sur l’ensemble de la création théâtrale est une réussite à tous les niveaux. Joué à guichet fermé au Théâtre du passage, « Le chant du cygne » sera sur la scène des Déchargeurs à Paris jusqu’au 22 décembre… avant un retour dans nos contrées ?

(c) Fabien Queloz

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