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A vrai dire...

Dire la vie, d’après les textes d’A. Ernaux, M. Duras, M. Foucault, D. Eribon et S. Doubrovsky. Mise en scène Alexandre Doublet, avec Anne Sée, Emilie Vaudou, Gérard Hardy, Malika Khatir et Yassine Harrada, à l’Arsenic (création).


Pour sa nouvelle création à l’Arsenic, Alexandre Doublet a choisi de sublimer le texte, la parole, la voix. Son spectacle est une invitation qu’on ne pourrait refuser : écoutons ces hommes et femmes parler, écoutons-les dire la vie, la mort, puis tout le reste. Avec leurs mots.


Si le théâtre est par définition l’art de montrer, de donner à voir, il s’anime ce soir-là dans la salle de l’Arsenic d’une nature différente, qui appelle à ouvrir grand les oreilles. Tout est dans le titre. Dire la vie.


Dans une disposition scénique sobre – sol de gravier noir et brillant – mêlant jeux d’ombres et de lumières, les cinq comédiens se croisent mais n’entrent jamais en dialogue. Tour à tour, ils se font porteurs d’une voix qui se livre et raconte un événement significatif dans leur parcours de vie.

Ces voix, ce sont celles d’Annie Ernaux, qui raconte l’avortement (L’événement, 2000), de Didier Eribon, qui évoque la mort du père et l’origine sociale (Retour à Reims, 2009), de Marguerite Duras, qui s’émeut de la mort d’une mouche (Ecrire, 1993), et de Serge Doubrovsky, qui dit le choc et le deuil suite à la mort de sa femme (Le Livre brisé, 1989). Puis, entre les tours de parole, il y a celle de Michel Foucault qui revient et repart, et s’interroge sur le corps, le sien et celui des autres (Le corps utopique, 1966).


On est dans l’intime, dans la confidence. Le public est à l’écoute, se retrouve parfois dans ce qui est raconté. Les corps sont là devant lui, mais ils sont presque immobiles et rappellent l’essentiel de la représentation : on ne montre pas, on dit. Et les mots, exprimés avec beaucoup de délicatesse et d’intention, finissent par toucher.


C’est beau et c’est à écouter (et voir) jusqu’au 6 novembre 2016 à l’Arsenic (Lausanne).

(c) Alexandre Doublet

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