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Nous sommes tous des sauvages

Le Dieu du carnage, de Yasmina Reza. Mise en scène Georges Guerreio, par Baraka et Helvetic Shakespeare Company, avec Marie Druc, Carine Barbey, Valentin Rossier et Vincent Bonillo, au Théâtre de La Grange de Dorigny.


Régler un conflit dans une société civilisée et éduquée, ce n’est certainement pas en venir aux mains. Au contraire, on privilégie le dialogue et les compromis, calmement et selon les codes. Mais derrière les masques sommeille une bête sauvage, prête à bondir.


Les silences gênants, il y en aura beaucoup au départ, lorsque Véronique et Michel Houillé, parents de Bruno, accueillent chez eux Annette et Alain Reille, parents de Ferdinand. Le prétexte de leur rencontre ? Ferdinand et Bruno se sont battus dans un parc, et comme Bruno en est ressorti « défiguré » — c’est ce que précisera sa mère — il faut discuter du problème entre adultes, dans les règles de l’art.


Si au départ les échanges sont plutôt cordiaux et polis, une tension latente est perceptible et se fera de plus en plus présente au fil des répliques. Alors qu’Alain est totalement désintéressé par le problème et ne peut décrocher de son téléphone portable, Véronique persiste à imposer à ses invités sa perception de l’éducation idéale. Annette, contrariée par la situation, finit par se sentir mal, tandis que Michel subit sans vraiment broncher la dictature insidieuse de sa femme, du moins au début.


Et lorsque cette tension atteint son paroxysme, on se régale ! Le téléphone noyé dans le vase des tulipes, les tulipes saccagées, le vomi sur la table basse, le rhum qui déborde du verre, les larmes qui débordent aussi. Les cris, les menaces, les pleurs, les insultes ! Et les rires bien sûr, du public qui jouit de voir tomber les convenances et d’observer ce carnage en direct.

Chacun des personnages, campés par des comédiens à l’aise aussi bien dans la retenue que dans l’excès, connaîtra son climax, son moment de dérapage incontrôlé qui montre enfin le vrai visage de la nature humaine : nous avons tous un sauvage en nous.


Des silences gênants, il y en aura eu. Et c’est sur un silence de dépit que les personnages reviennent à la fin du spectacle, vidés de leurs frustrations mais conscients de leurs contradictions.


A voir: jusqu’au 29 octobre 2016 au Théâtre de La Grange de Dorigny. Photo Marc Vanappelghem.

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