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Lorsque le concept majeur de la psychologie humaniste rencontre le Théâtre

Le poisson belge, de Léonore Confino, avec Géraldine Martineau et Marc Lavoine, mis en scène par Catherine Schaub.


Remus et Romulus jetés aux flots du Tibre, Moïse sauvé des eaux, Zeus menacé d’être dévoré par son père Cronos, le Petit Poucet abandonné dans la forêt… Depuis toujours, les mythes, les religions et les contes de fées ont mis en scène des enfants en danger qui, après s’être cachés, ont affronté mille épreuves jusqu’au jour où ils sont devenus des héros.


Ces personnages de légende symbolisent parfaitement l’image de l’Enfant intérieur, devenu si populaire dans la psy américaine ces vingt dernières années : nous avons tous, en nous, un enfant brimé, abandonné, malmené ou réduit au silence par l’adulte que nous sommes. Le reconnaître et le libérer, c’est reconnaître et libérer notre essence profonde, notre potentiel créatif, notre spontanéité et, finalement, notre propre nature héroïque.


Un Psychologie Magazine en main, un billet pour LE POISSON BELGE de l’autre, on entre donc prudemment sur un siège de la rangée 15 du théâtre du Reflet, soulagé qu’il soit suffisamment peu exposé pour pouvoir sécher nos larmes si on devait sortir en pleurs. Le spectacle est en effet annoncé comme le chef d’œuvre de cette rentrée théâtrale, enfin, de la rentrée parisienne de l’an dernier, puisqu’on est en Suisse.


La question de l’identité profonde m’intéresse depuis toujours confie l’auteure de la pièce, Léonore Confino. Avec quels adjectifs peut-on se raconter aux autres ? Dans quels contours s’est on enfermés ? A quelles singularités a-t-on renoncé pour plus de tranquillité vis-à-vis de la société ? J’ai voulu expérimenter des personnages qui se définissent par des éléments inattendus. Déjà là, on accroche grave. Et puis l’auteure est à Vevey, entourée de sa famille suisse et ses amis, rayonnante, récemment nominée aux Molières pour la seconde fois, canon, enceinte. L'ambiance est comparable à celle d'une Première, la tension en moins.


Le rideau s’ouvre sur un Marc Lavoine hésitant. On ne peut pas s’épanouir sans effort. Voilà pourquoi je n’hésite jamais à remettre mon titre en jeu précise-il dans une interview à Barbara Théate. Il faut dire qu’il s’agit de ses premiers pas au théâtre, après trente ans de carrière. Entre le cinéma, les albums et les tournées, réussir à dégager du temps n’est pas simple. Et on ne m’avait présenté aucun texte suffisamment motivant précise-il.


A défaut d’expérience corporelle sur le bois, l’acteur est visionnaire. Le texte. Quel texte! Edité chez Actes Sud, on vous en livre un extrait. PETIT FILLE. En regardant une bouche, on voit tout de suite à qui on a affaire. GRANDE MESSIEUR. Bon, et ils ont tous des problèmes d’haleine dans ta famille ? PETIT FILLE. C’est pas qu’ils puent plus que d’autres mais ils se collent à mon visage quand ils me parlent. Comme s’ils voulaient poser leurs mots directement dans ma bouche sans passer par les oreilles. J’ai avalé trop de mots. J’ai souvent la colique. Si un jour j’ai un enfant, je le mettrai au bout de la pièce pour lui parler. Qu’il comprenne que je le regarde comme une petite personne en entier. Comme toi avec moi. Je suis une personne avec toi.


Un style incisif, brillant, comme si chaque mot choisi résonnait de manière à la fois unique et universelle. Quelle nana cette Confino.


A la sortie, on trépigne déjà d’impatience pour la sortie de sa prochaine pièce, 1300grammes. Un verre d’Humagne à la main et un Psychologie Magazine pour caler la table du bar du théâtre. Ben oui, on va carrément l’attendre ici.

Léonore Confino et Catherine Schaub.

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