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Cinérama: un spectacle en plein coeur de Bienne

Il est 10h40 lorsque les organisateurs commencent à installer le décor sur la Place Centrale de Bienne. Les chaises sont détachées de la barrière métallique surplombant le canal et peu à peu amenées vers les tables circulaires déjà posées au milieu de la place. Quelques minutes plus tard, le décor est posé, prêt à accueillir le public pour un moment agréable.



Une histoire peu commune se déroule en ce samedi ensoleillé du 3 septembre 2016 : au milieu de la place est assis une poignée de personnes sur une terrasse improvisée. Lunettes de soleil et chapeaux vissés sur la tête, scotchés à leurs écouteurs, les spectateurs sont les seuls à découvrir la trame que les deux scénaristes, Simon et Betty, inventent au fil de leur créativité. Alors même les Biennois vaquent à leurs occupations dans une ignorance totale, ils deviennent eux-mêmes des figurants de l’histoire. La question que se posent nos artistes est légitime : qui sont ces passants qui foulent le goudron de la place, n’ont-ils guère comme ces héros de cinéma des drames et des rires qui composent leur vie ? Et si au lieu de se faire des films en regardant les passants, on faisait un film ?


C’est ainsi que Simon et Betty nous introduisent tour à tour Toni, Mario, Colette, Jeanne, Richard et Paul dont ils dessinent l’histoire. Le premier est serveur à l’Arcade, café sur la place, depuis 33 ans. Il n’a jamais bougé. Mario est un père fauché qui aux premiers abords ressemble à Al Pacino. Jeanne est une jeune banquière intelligente et charmante, Paul un policier sous la couverture d’un SDF. Peu à peu, au gré de l’envie de Simon et Betty, le spectateur prend connaissance des liens qui unissent ces personnages, de leurs rencontres, de leurs joies comme de leurs peines et des diverses fins jusqu’à trouver l’ultime qui douce ou violente terminera le film.


Passants déroutés, spectateurs désorientés

Quelques passants s’arrêtent curieux, d’autres se retournent pour dévisager le public. Certains semblent perdus et les spectateurs passent pour des fous à applaudir et à rire au milieu de la place. En effet, la population biennoise n’a pas été mise au courant d’une telle représentation et la surprise qui se lit sur certains visages est hilarante. Le spectateur, quant à lui, est totalement désorienté : il ne sait plus qui est acteur, qui est simple passant. La compagnie Opéra Pagaï envahit l’espace, de la banque UBS à l’immeuble CAMPARI, du café l’Arcade au bâtiment blanc à l’architecture dominante, aucun détail ne manque à l’appel du scénario et personne ne reste indifférent : ni la petite fille assise à ma gauche qui le revoit pour la deuxième fois, ni l’adulte qui l’accompagne qui avoue « avoir beaucoup aimé » le spectacle. Le public est conquis par le projet de la Cie Opéra Pagaï, première programmation de la saison 2016-2017 des Spectacles Français.


Projet complexe à amener en ville de Bienne

Les comédiens découvrent tardivement leur nouvel espace de jeu : « Un jour avant ou la veille, ils ne connaissent pas le cadre. Chaque place est très différente, il faut s’adapter. A Yverdon, le lieu où a joué auparavant la troupe, la place était piétonne. Ici, à Bienne, à la Place Centrale, les comédiens doivent prendre en considération le constant traffic qui y défile : passants, voitures, vélos, mais aussi bus locaux » explique Marynelle Debétaz. Le scénario valse de ville en ville : « Elles sont différentes, mais les enseignes de l’histoire, identiques ». Ainsi, la trame est toujours composée d’un café, d’une banque, d’une planque, d’un appartement et d’un magasin. « Le repérage se fait sur un après-midi. Ensuite, on va s’adresser directement aux personnes. La plupart des immeubles qui entourent la Place Centrale sont des banques et des immeubles administratifs ». Une discussion qui a su porter ses fruits non sans difficulté : « Il a fallu négocier, répéter, je n’ai pas pensé que cela serait aussi compliqué, mais on a fini par y arriver et il y a même une dame qui nous a donné la clé d’en-bas de cet immeuble (elle me l’indique) pour que nous puissions y accéder facilement. Une fois que les personnes avaient compris nos attentions, certaines se sont montrées aidantes », confie la directrice et programmatrice des Spectacles Français.


La compagnie Opéra Pagaï

La compagnie bordelaise Opéra Pagaï, créée en 1999, est une compagnie à géométrique variable (de 8 à 50 personnes sur un projet théâtral) qui travaille de manière collective. Elle s’est spécialisée dans le théâtre hors-murs. « Leur spécialité, c’est le plein air. C’est du théâtre de rue, avec des codes à l’opposé de ce genre.» confie Marynelle Debétaz, directrice et programmatrice des Spectacles Français. En effet, dans Cinérama, la compagnie a choisi de faire du théâtre avec des codes relatifs au domaine du cinéma, de démontrer l’extraordinaire dans l’ordinaire de tous les jours et de créer, selon eux, un thriller du quotidien. Le désir du metteur en scène, Cyril Jaubert, était de créer de la fiction à partir du réel. C’est ainsi que l’on traverse les différents genres que l’on rencontre au cinéma : comédie, drame, thriller psychologique, film policier. L’intimité théâtrale avec le spectateur est finement construite : porter des écouteurs permet non seulement au spectateur d’être mis dans la confidentialité au sein d’un espace public, (lieu où l’intimité est totalement prohibée) mais aussi de se mettre à la place des scénaristes qu’ils écoutent dans l’oreillette. Il est ainsi participatif à ce scénario qui ne cesse de prendre vie et d’être malléable au fil de la représentation, pour le plaisir de tout en chacun. « En investissant des espaces publics et privés (…), nous créons à partir du vivant pour garder les yeux ouverts » disent-ils sur leur site. C’est réussi. (Informations pratiques : www.operapagai.com)


Les Spectacles Français

Cette année, la fondation des Spectacles Français, théâtre d’accueil, vous invitent à « tripper des bulles », autrement dit : « avoir un maximum de plaisir, selon une expression empruntée aux Québecois » affirme Marynelle Debétaz dans l’édito de la programmation 2016-2017. Sur l’ardoise des surprises que vous réservent les Spectacles Français, une cinquantaine de spectacles, non seulement enrichissant, mais aussi diversifié : du théâtre (que cela soit en soirée ou sur vos pauses de midi !), de la danse, de la poésie, de la littérature, des concerts et des spectacles musicaux. Autant de petites bulles qui ne demandent qu’à être explorées. A différents styles, différents voyages : venez gazouiller en toute légèreté, à la rencontre d’artistes du globe dans les diverses salles obscures des Spectacles Français. (En ligne sur : www.spectaclesfrancais.ch et pour toute question: 032/322.65.54).

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