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Dans les entrailles de la terre

Dans les entrailles de la terre (où les hommes cachent leur misère) de Daniela Morina Pelaggi, avec Julien Jacquérioz, Rachel Duc, Christopher Caulier et Daniela Morina Pelaggi.


AVIGNON - Pouvons-nous nous rendre à une représentation d'une pièce contemporaine écrite par une auteure inconnue sans être saisis par une pointe d'appréhension? Sur quoi encore, risquons-nous de tomber?


Autant sagement rebrousser chemin et nous divertir devant une de ces innombrables pièces comiques qui pullulent le long des boulevards d'Avignon?


Eh bien, non : l'hésitation se dissipe, dès la première réplique d'un homme nu, jeté ici, torturé par la soif. C'est un prisonnier qui ne sait pas de quoi on l'accuse. Sa parole s'élève, suppliante et incantatoire, son corps souffrant se tord sous les coups et les insultes de ses bourreaux. Si le théâtre détient encore le pouvoir de purger les âmes, alors nous sommes dans du théâtre, étourdis, traversés de part en part, et nous aimons ce que nous ressentons.



Daniela Morina Pelaggi nous offre, comme une liqueur précieuse, une écriture dense aux évocations poétiques fulgurantes. Il ne faut pas s'y tromper : cette écriture exigeante, servie par d'excellents comédiens, est d'abord une parole dramatique efficace, qui porte sans faiblir l'action jusqu'au dénouement et aiguise les conflits entre les personnages.


Mais l'auteure ne se contente pas de cela : elle concentre ses effets et les fait varier lors de saynètes totalement décalées où un gardien rit et pérore devant une caméra de TV tout en torturant son prisonnier; ce même prisonnier qui plus tard, se trémousse en lançant des slogans publicitaires sur une musique de supermarché et une agente de la sécurité qui l'assaille dans des étreintes grotesques et bestiales.


Toute la richesse de la pièce réside donc dans ces ruptures et libertés de ton qui font comme des respirations bienvenues et montrent que le tragique le plus désespéré ne va pas sans une ironie parfois étonnamment jubilatoire.

A voir: du 7 au 30 juillet 2016, à 12:20 au Théatre des Corps Saints, à Avignon.

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