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La Tragédie comique


La Tragédie comique

De Yves Hunstad et Eve Bonfanti / mise en scène Eve Bonfanti / TKM février 2016

FACE A FACE METATHEATRAL – Ou comment la virtuosité d’un artiste défie les lois de la gravité ; « j’ai ri aux larmes » entend-on à la sortie. Et c’est comme si le noir dans lequel nous laisse André l'éclairagiste pendant de longues minutes permettait au public, acteur, de se lâcher, lui aussi, sur scène.


La Tragédie comique, qui s’inscrit dans la Trilogie sur le théâtre, est présentée comme une prière enjouée à l’art, un cri de joie face à la capacité de l’homme à transcender le réel et à créer des fictions, tout en invitant le public dans les coulisses de la création. Elle naît en 1988 d'ateliers de création interactifs avec le public et constitue la première pièce issue de la collaboration de Eve Bonfanti et Yves Hunstad. Jouée environ 500 fois à travers le monde jusqu'en 1996 et ornée de nombreux prix, elle est, en 2016, de retour en tournée en suisse romande.


Inclassable, inventive et passionnante, cette pièce ne se décrit pas, elle se découvre, se voit, se revoit, se vit. Yves Hunstad, comédien belge, se dit amateur du détail de la vie, curieux, observateur délicat. Seul en scène dans une interprétation magistrale, il jongle tour à tour avec le verbe, le paradoxe et la malice pour déposer le théâtre sur un fil, au dessus d'une abîme perceptible pour le public, qui retient son souffle, pleure, et rigole de ce jeu dont il est, finalement, le héros. Avec l’amplitude du one man show inscrit dans l’essence du jeu dramatique, Yves Hunstad nous sert une performance époustouflante, avec un nez, au sens propre et figuré, à la fois rassurant ou dictatorial si l’on retient l’ombre du masque qui dessine une moustache sur son philtrum.


De la Commedia dell’arte à la fausse désinvolture de l’acteur de théâtre inquiet du 21ème siècle-de-l’apparence, le personnage se retrouve sur scène spectateur-transparent dans la chambre de son propre acteur. Un face à face metathéâtral qui insuffle au spectateur (le vrai ?) qu’il ne veut pas que le théâtre s’arrête, qu’il ne veut pas qu’on nous sépare. Et qui comprendra très vite qu’il faut répondre soi-même aux questions que l’on se pose. L’adage final de la pièce « on ne dit pas n’importe quoi quand on monte sur du bois » prend toute sa force. Et nous, nous aurions volontiers emporté avec nous le doudou-coussin sur lequel nous étions assis dans ce théâtre pour nous remettre de nos émotions.

A voir ou revoir absolument: les 27 et 28 février 2016 au Théâtre Nuithonie, à Fribourg.

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